L'art des dessins animés en Egypte, une histoire dorée

Soha Gafaar Samedi 01 Février 2020-13:27:41 Chronique et Analyse
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-"Le chevalier et la princesse" est le premier long métrage d’animation égyptien

Nous accueillons ces jours-ci la projection du premier long métrage d’animation « Le chevalier et la princesse ». C'est une grande étape dans cet art d’autant plus que le film met en scène des voix provenant d'une belle distribution comprenant Mohamed Henedy, Donia Samir Ghanem, Medhat Saleh et beaucoup d'autres. A cette occasion nous pensons explorer avec vous l'histoire de l'art des dessins animés en Egypte, vu que cet art a connu un âge d’or qui a rayonné non seulement sur l'Egypte, mais également sur l’ensemble du Monde arabe. Nous nous basons dans notre sujet sur un article d'Ahmed Fawzi, réalisateur de dessins animés et créateur engagé de dessins animés qui a apporté un éclairage édifiant sur l’histoire de cet art en Egypte.

 

 

 

L’Egypte a été pionnière dans la production de dessins animés dans les pays arabes, dans les années 1930, c’est-à-dire avant même que l’Egypte ne connaisse le cinéma parlant, en 1932. Les pionniers du dessin animé, les Frères Frenkel, étaient d’origine russe. Ils avaient émigré à Jaffa, en Palestine, en 1905. Le père  avait créé une librairie, il publiait également des livres. Cette famille émigra une seconde fois lorsqu’éclata la Première Guerre mondiale pour s’installer en Egypte, à Alexandrie. Le père et ses fils travaillaient dans l’ameublement et la décoration d’intérieur. L’un d’eux, Hershel Shughouf, travaillait dans le cinéma. Lorsqu’il vit pour la première fois un film de Disney en 1930, il se lança, avec ses deux frères David et Shlomo, dans la création de leur premier dessin animé. Il fabriqua lui-même son matériel, y compris la caméra. Sous le nom de Frères Frenkel, ils lancèrent leur premier film. Il durait 10 minutes et son héros était « Marco Monkey ». Ce film connut un grand succès, au point que le quotidien Al-Ahram écrivit à l’époque que les Frères Frenkel devraient créer un personnage égyptien. C’est ce qu’ils firent avec leur personnage Mish Mish Effendi, qui devint le héros de nombreux courts métrages, mais aussi de spots publicitaires. Son succès fut tel que les annonces de ses films côtoyaient celles des concerts d’Oum Kalthoum. La célèbre danseuse Tahia Karioka joua même un rôle à ses côtés.

En 1935, Antoine Salim, un professeur de dessin lui aussi féru de dessins animés, créa un grand nombre de films et de publicités.

En 1951, avec les changements politiques en Egypte, la famille Frenkel émigra en France. Ils adaptèrent le personnage de Mish Mish Effendi qui devint Mismiche le Français. Puis, on n’entendit plus parler d’eux jusqu’à ce qu’on les redécouvre et qu’un hommage soit rendu au frère cadet, Shlomo, à l’Institut du Monde arabe en 1996.

En 1960, la télévision égyptienne vit naître une nouvelle expérience complètement différente de ce qui se faisait jusqu’alors, celle d’Ali Mouhib et de son frère Houssam Mouhib. Ces derniers fondèrent le département des dessins animés de la télévision. Ils produisirent un certain nombre de courts métrages avant de démissionner et de lancer leur propre société. Celle-ci était spécialisée dans les annonces publicitaires et produisait de temps à autre quelques courts métrages.

Dans les années 1950-1960, l’Etat soutenait toutes les formes d’art, y compris les dessins animés qui étaient intégrés au département national du cinéma créé à la fin des années 1960. Pourtant, peu de séries et de dessins animés ont été produits en comparaison aux séries télévisées et aux téléfilms. En effet, la direction des dessins animés avait été fondée pour renforcer et combler les besoins en matière de fabrication de téléfilms, d’émissions et de séries télévisées et non pas pour se consacrer à une production qui lui soit propre.

Quelques dessins animés et spots publicitaires animés connurent un beau succès dans les années soixante et soixante-dix ; toutefois, cette production restait modeste en terme de quantité. A côté de cela, quelques artistes entreprirent des expériences indépendantes ou avec l’appui du Centre national du cinéma. Ils réalisèrent quelques courts métrages artistiques dont certains furent primés lors de festivals internationaux. Parmi eux, et le plus important de loin, Ihab Shaker, dont l’un des films avait bénéficié d’un financement français et qui est devenu membre du jury du Festival international du film d’animation d’Annecy en 1993, un des plus importants festivals du genre.

A la fin des années 1970, le jeune artiste Fahmi Abdel Hamid, diplômé des Beaux-Arts et nommé au département des dessins animés de la télévision, se battit pour produire les « fawâzîr » ou « devinettes » du mois de Ramadan, un programme que la télévision a pris ensuite l’habitude de diffuser pendant le mois de Ramadan. Aidé par Shwikar Khalifa, qui produisait des dessins animés pour la télévision, il réussit à faire en sorte que le dessin animé devienne une partie de ces « fawâzîr ». Ces devinettes connurent un énorme succès et continuèrent à être produites même après sa mort au milieu des années quatre-vingt-dix. Un intermède dramatique, inspiré des Mille et une nuits, y avait été rajouté ; il fut ensuite transformé en série à part entière. Le dessin animé introduisait et finissait chaque épisode. Cette série connut un succès énorme. Il avait été question d’allonger la partie animée des épisodes, mais cela ne se concrétisa pas, car la production de la série fut interrompue après la mort de Fahmi Abdel Hamid.

Au début des années 1990, quelques studios firent leur apparition. Cette période vit les débuts d’une production plus large et plus constante grâce au studio privé de l’artiste et la réalisatrice Mona Abou al Nasr, revenue en Egypte après des études en Amérique pour lancer sa propre boîte. Elle réussit à obtenir de la télévision égyptienne qu’elle finance la série animée  « Kani et Mani » et ensuite « Sindbad » et finalement « Bakkar », son personnage le plus important. Cette dernière série eut tellement de succès qu’elle fut diffusée durant neuf années consécutives.

Les jeunes artistes ne trouvaient pas de débouchés pour mener à bien leurs projets. La télévision se contentait de contrats avec un nombre limité de studios. Une nouvelle opportunité surgit avec l’apparition des chaînes satellitaires. Parmi celles-ci il y avait la chaîne al-Usra wa al-tifl (la famille et l’enfant) dirigée par Shwikar Khalifa. Elle permit à de nouveaux projets de voir le jour et à de jeunes artistes d’y participer. De nombreuses séries et courts métrages furent créés. Ce domaine semblait commencer à se développer.

Les financements égyptiens, tant de la part des chaînes officielles que des chaînes satellitaires privées, se réduisirent de plus en plus pour être parfois inexistants durant quelques années. D’autres années, des contrats étaient proposés peu de temps avant le Ramadan pour des œuvres qui seraient diffusées uniquement à cette période à savoir les sujets religieux qui sont les plus populaires car ce type d’œuvre est plus facile à commercialiser.

Les dessins animés comiques ont été parmi les plus populaires les dix dernières années. Ces œuvres ne sont en réalité pas destinées spécifiquement aux enfants, vu la vulgarité des dialogues. Les huit dernières années, la télévision égyptienne a abandonné petit à petit – et cela pour la première fois depuis sa création – la production à destination des enfants et a recherché plutôt ce type d’œuvres.

Le fruit des travaux des dessins animés est cette année avec « Le chevalier et la princesse » qui est le premier long métrage d’animation égyptien.

Inspiré par un vrai guerrier arabe du 7ème siècle, l'intrigue suit le jeune aventurier Mohammed Bin Alkassim avec une touche fictive. A l'âge de 15 ans, il pensait que tout était possible et il a pris l'initiative de sauver les femmes et les enfants enlevés par des pirates dans la mer des Indes.

A l'âge de 17 ans, Mohammed Bin Alkassim était prêt à affronter le roi tyran Daher. Il a quitté sa ville natale, Bassorah, en Irak, avec son ami de toujours Zaid dans une aventure stimulante visant à libérer le Sind.

Le film plonge dans les expériences passionnantes qui ont contribué à façonner le grand leader qu'il deviendra plus tard.

Ecrit et réalisé par Bashir El Deek, le film met en scène des voix provenant d'une belle distribution comprenant Mohamed Henedy, Donia Samir Ghanem, Medhat Saleh, Maged El Kedwany, Lekaa Elkhamissi; avec des légendes d'acteur comme Abla Kamel, Abdel Rahman Abou Zahra, feu Amina Rizk et feu Saeed Saleh. Les dessins des personnages ont été faits par le regretté Moustafa Hussein.

Le film représente non seulement une étape importante pour l’industrie cinématographique arabe, mais l’aide également à franchir des étapes cruciales pour élargir ses horizons grâce à un genre qui incarne la créativité, l’imagination et le talent sous un tout nouveau jour dans la région.

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